Pour l’amour des pierres

Vincent Mériguet est reconnu comme orfèvre mais l’on connaît moins son activité de lapidaire. Depuis toujours, il voue une véritable passion pour les pierres précieuses qu’il sait tailler avec un art consommé.

Aujourd’hui, cette activité n’est pratiquée en France que par une trentaine de professionnels. Elle est complexe mais combien gratifiante pour le professionnel qui arrive à donner à une pierre tout son éclat et sa couleur. Notre artisan précise d’emblée que le lapidaire ne se consacre qu’aux pierres de couleur à l’exclusion des diamants. La taille se pratique sur des meules.  Son atelier en possède quatre destinées chacune à un usage bien spécifique.

La taille

Elle s’effectue en plusieurs étapes, requiert une grande précision, de la rigueur et du savoir-faire.

Il faut tout d’abord poser la pierre sur un bâton au bout duquel se trouve une sorte de cire à cacheter que l’on chauffe, c’est ce que l’on appelle l’encimentage. Une fois la pierre fixée, le bâton est placé sur un tableur qui permet de respecter la perpendicularité de la table de la pierre, sa plus grosse facette située sur le dessus.

Le facetage

Le bâton est ensuite fixé dans un étui qui sert de guide pour le facetage et qui comporte un diviseur permettant de réaliser huit facettes égales. Il faut savoir que le lapidaire travaille par multiple de huit sur une pierre ronde. Autour de la table sont ainsi taillées des dentelles soit  un rang de huit facettes, au dessous, huit facettes également dites plats et enfin une série de seize facettes nommées clôtures.

Afin de les tailler très régulièrement, le lapidaire utilise l’évention qui permet, en guidant sa main, de toujours maintenir à la même hauteur les facettes réalisées sur le pourtour de la pierre.

Le polissage

Une fois taillées, les facettes sont ternes; il faut alors procéder au polissage qui s’effectue sur la meule destinée à cet effet. Ce qui revient à refaire une seconde fois le travail pour donner à la pierre tout son éclat. Cette activité demande beaucoup de précision et d’expérience car à chaque passage sur la meule, c’est un peu de matière qui disparaît.

De nos jours, le lapidaire ne travaille plus à partir de pierres brutes car leur taille est confiée, notamment, aux lapidaires indiens. Vincent  Mériguet effectue principalement de l’ajustage sur oeuvre, c’est- à- dire sur une monture et repolit des pierres anciennes.

“Repolir une pierre coussin de 12/10 mm nécessite près de quatre heures de travail “, souligne Vincent Mériguet, intarissable sur le sujet et fier d’exercer ce métier dont l’origine remonte à la nuit des temps.

Quatre meules pour des usages précis

Dans l’atelier, quatre meules sont destinées chacune à un usage bien spécifique. Une meule de taille, une destinée au poli, une autre aux pierres tendres comme le quartz, l’émeraude ou les béryls et enfin une utilisée pour confectionner des cabochons.

Vincent Mériguet est un des rares lapidaires à préparer lui-même ses meules. Constituée d’un disque de cuivre vierge, elle doit être endiamantée. Auparavant, il est nécessaire de la dégraisser, puis de la passer à la pierre ponce afin de la rendre la plus plate possible. Ces opérations achevées, le disque est huilé et saupoudré de poudre de diamant de 240-300 microns. La poudre est incrustée dans le disque à l’aide d’une molette.

La meule destinée au poli subit un traitement un peu différent. Une fois nettoyé et bien aplani, le disque de cuivre va être couvert de microsillons croisés obtenus en laissant vibrer une lame à sa surface. Cette opération achevée, une poudre de diamant très fine de 0.5 à 3 microns mélangée à de l’huile est posée à l’aide d’un pinceau. Celle affectée aux pierres tendres est en étain pur et l’abrasif utilisé n’est plus de la poudre de diamant mais des terres rares et de l’oxyde d’aluminium aux grains plus ou moins gros. Enfin, celle utilisée pour les cabochons est en bois et plus précisément en ébène et l’abrasif utilisé est de la poudre de diamant.

                                               Article du Dauphiné Libéré du 18 septembre 2011 écrit par

                                               Joseph TICON

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