Vincent Mériguet, un homme à facettes

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Lapidaire, un métier peu ordinaire. Vincent Mériguet le pratique pour son compte et celui de la célèbre maison Beaumont. Une précieuse institution.

Mince et discret, sans ce regard coquin et ce sourire malin, Vincent Mériguet semblerait anodin. L’homme se moque de passer inaperçu et préfère qu’on s’attarde sur son travail. Lapidaire, il taille et polit toutes pierres précieuses ou semi-précieuses, à l’exception du diamant.

Il passe enfance et adolescence à Thonon-les-Bains et à vingt ans, tombe en arrêt devant une bijouterie, décide de se lancer dans la joaillerie et de tailler les pierres précieuses. Il entre comme apprenti chez Joz Roland, un lapidaire parisien réputé. Mais c’est Alice Chatta, meilleure ouvrière de France, qui le forme dans son atelier de Vichy. En 1983, il ouvre une succursale à Lyon, pénètre le milieu très fermé de la joaillerie et acquiert une réputation et un certain nombre de relations. En 1990, il reprend et crée une fort jolie boutique à Thonon.

Le chant des pierres

“Aujourd’hui, le lapidaire reçoit des pierres “ébrutées”. Il serait trop onéreux de le faire en France, compte tenu du prix de la main d’oeuvre. Il collabore étroitement, avec les joailliers qui lui confient soit des bijoux anciens à modifier, soit des pierres à ajuster. Dans les deux cas, il faut les retailler puis les polir, en les diminuant le moins possible. Le bon artisan se contente d’ôter quelques centièmes de carat (un carat = 0.20 g). Pour les béryls (émeraudes et aigues-marines) et les pierres semi-précieuses (spinelles, péridots, grenats…), tour en étain et abrasif  (oxyde d’aluminium) suffisent. La dextérité d’un artisan se vérifie dans cette opération”. Pour Vincent Mériguet, il faut savoir écouter, tendre l’oreille. Lorsqu’un certain “chant” s’élève, c’est bon, il fait arrêter immédiatement et passer au polissage.

Aux classiques montures sur griffes, Vincent préfère les lapidos sertis, où deux pierres s’imbriquent l’une dans l’autre, où la pointe d’un saphir poire, pénètre dans un rubis baguette. Autre bel ouvrage : le diamant troïdia, entouré de rubis calibrés. Un subtil travail d’ajustage souligne la forme originale et les côtés légèrement bombés du triangle central.

Esthète, cet artisan s’attache à la beauté des pierres plus qu’à leur valeur marchande. Il nous fait découvrir la subtilité des roses, verts, jaunes du saphir, des soit-disant bleu et du vert  printemps et translucide du péridot. Autant de pierres superbes, mais boudées en France.

Considérée comme un défaut, “l’aile de papillon”, tel un arc-en-ciel, décompose la lumière, apportant un cachet original à une pierre délaissée parce-qu’imparfaite.

                                                         Article du LYON FIGARO (LYON AU MASCULIN)

                                                          en date du 9 JUILLET 1990

                                                          RUBRIQUE DIRIGEE PAR F. PUVIS DE CHAVANNES

                                                          AVEC LA COLLABORATION DE NADINE FAGEOL